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I


Nous sommes le dix-neuf juillet. Aujourd’hui, tu as encore bien plus de difficultés à décoller ta joue flasque de ton oreiller et à ouvrir tes yeux cernés et pour cause : Aujourd’hui tu as … trente ans ! Comment est-ce possible ? Qu’as-tu donc fait de ces dix dernières années pour qu’elles défilent aussi rapidement ?

Tu as beau être d’une nature joviale, enthousiaste et positive, tu sens bien que ce cap fatidique ne va pas être accusé sans peine.

Tu te traînes lamentablement jusqu’à la salle de bains où l’homme s’ébat déjà sous la douche, frais comme un gardon et sifflotant gaiement tout en frictionnant énergiquement sa moquette pectorale ! Il ne prête bien évidemment aucune attention à ton arrivée et pense encore moins à te présenter ses bons vœux pour « l’heureux événement ». Ce ne sont pourtant pas ces marques d’indifférence qui te minent le plus mais bien le triste spectacle qui s’offre à toi, debout devant ton miroir ! Tu contemples, hagarde, cette petite mine déconfite et marquée par les affres du temps ! Ces deux grosses rides au milieu de ton front, ce grain de peau épaissi et asséché, ces paupières tombantes …

Tu ne peux t’empêcher de t’exclamer :

- Mais regarde-moi cette catastrophe, je ne me contente pas de me taper des valises sous les yeux, je me coltine le sac de voyage et le vanity en prime, c’est lamentable !

Ce qui fait réagir ton charmant époux qui te rétorque gentiment :

- Moi je trouve que tu as toujours des airs de gamine ma puce, d’ailleurs tu as gardé autant de points noirs sur le nez que quand tu avais quinze ans !

Tu n’as aucune envie de rire et tu envisages sérieusement de l’étouffer avec le tuyau de la douche ce cafard putride ! Tu quittes ce lieu sordide où tout est ligué contre toi, homme, miroir et dieu sait quelle autre crème anti-âge pour te diriger vers la cuisine où tu files te remplir la panse et te vider l’esprit en te préparant un bon petit déjeuner.

Tout en te goinfrant de brioches recouvertes de pâte à tartiner – tu as beau avoir atteint un âge difficile, tu n’en es pas encore au stade des privations pour cause de surcharge pondérale croissante – tu imagines tes sympathiques collègues qui vont se faire une joie de te lécher tes bonnes vieilles joues molles d’ici une heure ! Et là, tu te promets que le premier qui a l’outrecuidance de t’entonner un « joyeux anniversaire », tu lui rectifies son sourire niais au moyen d’une avalanche de métacarpes en travers des ratiches !

Technique certes un peu barbare et expéditive mais tout passage dans une dizaine supérieure peut rendre une femme particulièrement susceptible !

Avec le temps ...